En raison de sa concentration de statues-menhirs, c'est incontestablement
l'un des sites majeurs de la Préhistoire Corse. Filitosa offre un incomparable
ensemble de monuments mégalithiques, véritables sculptures aux formes le
plus souvent anthropomorphes (humaines), qui sont les témoins des grandes
civilisations qui régnèrent dans l'île avant notre ère et qui évoquent
des rites religieux encore mystérieux.
Bien des interrogations subsistent sur la signification à
donner à ces menhirs et statues-menhirs. Les premiers monolithes du Néolithique
sont-ils des symboles phalliques élevés par les paysans, dans l'espoir
qu'ils fertilisent la terre ? Ou sont-ils les monuments funéraires représentants
les chefs guerriers Shardanes, peuple ombrageux confondu sur le temple
de Medinet-Abou en Egypte ?
Les tailleurs de pierre, les sculpteurs mégalithiques ont
fait de ce lieu le plus grand centre de l'art statuaire de Corse et l'un
des plus importants de méditerranée. Filitosa renferme la moitié de toutes
les statues-menhirs armées recensées en Corse et près du tiers des statues
corses.
Beaucoup de mystère gravite toujours autour de ces créations.
Pour l'archéologue Roger Grosjean, les statues-menhirs représentent les
chefs ennemis tués au combat. Les adversaires sont les torréens, bâtisseurs
de "torre", qui seraient venus de la mer et auraient débarqué en Corse au
XVIIe siecle avant J.C. D'après les armes figurées sur les statues-menhirs,
Roger Grosjean les identifia comme les Shardanes ("Peuple de la mer")
qui s'attaquèrent même à l'Egypte pharaonique entre le XIVe et le XIIe
siecle avant J.C. Les mégalithiques vont immortaliser dans la pierre la
force des guerriers ennemis pour qu'elle ne puisse plus jamais se manifester.
Les artistes ont d'ailleurs eu le souci du détail. L'ennemi
est figuré avec un casque hémisphérique à couvre-nuque accentué. Les clavicules
et les omoplates sont protégées par des bourrelets. Les longues épées se
portent sur la poitrine, suspendues à un baudrier. Le poignard est accroché
transversalement à une ceinture tenant un pagne. La rage des torréens est
compréhensible lorsqu'ils s'emparent de Filitosa. Ils détruisent systématiquement
leur image en brisant les statues-menhirs. Les statues ainsi débitées serviront
à la construction de leurs monuments "cultuels".
D'autres interprétations sont envisageables. Les épées et
les poignards sont les attributs du chef guerrier courageux, tel que le
rapporte la tradition orale ; tradition du "Paladinu", chevalier corse
protégeant le peuple contre les pillards et l'arbitraire. Ces statues étaient parfois
peintes voir parées d'attributs variés qui servaient d'ornement lors de
cérémonies.